Il y a presque deux ans maintenant, j'ai participer à une soirée Biodanza, organisée par une amie qui m'y avait invité. Ne maîtrisant pas le sujet, je cite ici Wikipedia pour donner une définition de la Biodanza :

« La Biodanza se pratique en groupe lors de séances hebdomadaires conduites par des professeurs nommés facilitateurs et lors de stages d'approfondissement. Une séance hebdomadaire dure environ 1h30, et consiste en une "Vivencia", c'est-à-dire un ensemble cohérent d'exercices préparé à l'avance par le facilitateur. Les exercices se pratiquent individuellement, à deux, en petits groupes, ou le groupe complet. Chaque exercice est effectué sur une musique spécifique, choisie par le facilitateur. Souvent, le premier exercice est une simple ronde : les participants se prennent par la main et se mettent en mouvement sur le thème musical proposé. Plusieurs centaines d'exercices ont été créés par Rolando Toro, le fondateur de la méthode. Excepté un partage en début de séance, celle-ci se déroule sans que les participants échangent verbalement. En début de chaque exercice, le facilitateur donne une consigne, et peut éventuellement en faire une démonstration. Souvent, les exercices comportent une part importante de mouvements d'expression libre. Le regard, ainsi que, parfois, le contact, peuvent être mis à contribution. »

Donc, échange non-verbaux, regards, contacts physiques, activité de groupe, autant dire que c'est totalement suicidaire pour un autiste comme moi ! Le premier contact a été difficile, même si les gens étaient profondément accueillants et bienveillants. Cela aurait été plus facile pour moi de commencer par la fin, par quelque chose de calme, d'intérieur, qui s'ouvre doucement sur l'expression corporelle. Si la plupart des gens semblent avoir du mal à s'intérioriser, les autistes eux, ont du mal à s'extérioriser.

Je suis très sensible à la musique. Elle me permet de comprendre des choses difficiles en les abordant par les émotions suscitées par les sons et le rythme, jusqu'à entrer dans un état de profonde concentration intérieure, une sorte d'état d'auto-hypnose. Cet état ne se maintient que si je suis coupé de mon corps, mais si je bouge, ou si j'ai une tension musculaire trop importante, je me reconnecte à mon corps et je perds cet état de profonde concentration, cette connexion à moi-même. Donc danser en étant en même temps connecté à la musique m'est impossible, à moins d'y travailler pendant des années peut-être (ce qui n'est pas le cas de tous les autistes, j'en connais plusieurs qui savent et aiment danser).

Je me suis senti fortement en décalage avec les autres. Cette rencontre a accentué mes difficultés dans la relation aux autres, en les mettant en lumière, par contraste. C'était davantage visible à mes yeux pour en prendre conscience. J'ai senti les limites de mes capacités sociales et physiques. La frustration de ne pas pouvoir répondre aux invitations chaleureuses des autres est difficile à gérer. J'aimerai répondre à l'intensité d'un regard, d'un sourire, mais je ne sais pas comment et de voir que je n'arrive pas à danser devant l'autre qui danse est très très gênant. Je sens bien que je suis raide. J'écoute la musique mais rien ne vient, c'est comme de vouloir écrire et de se retrouver devant une page blanche, sans inspiration. Le mouvement de la danse est très énigmatique pour moi car ce sont des mouvements complexes mais spontanés. C'est beau à voir, c'est très fluide et ça dégage beaucoup d'énergie, mais c'est impossible de faire de même, ce n'est clairement pas mon mode d'expression. Je m'en doutais, car lorsque je vois des gens danser je suis médusé, je les observe en tentant de comprendre, sans y parvenir.

Le contact physique ne m'a pas trop gêné, car je l'avais prévu plusieurs jours à l'avance, je le voyais venir sur le moment et j'avais le temps de m'y préparer, surtout que c'était un contact bienveillant et doux, respectueux. Donc ça s'est bien passé, alors que d'habitude je n'aime pas qu'on me touche surtout si je suis surpris. La sensation du touché demeure plusieurs seconde après que la personne ait retiré sa main par exemple, ce qui me dérange beaucoup, mais là, ça allait.

Dans les danses où il fallait garder le contact avec une partie du corps de l'autre, en gardant le contact d'index à index par exemple, il était difficile de maintenir ce contact. C'est de la « motricité fine » (comme écrire par exemple), ça me mobilisait tellement de ressources que je n'en avais plus à consacrer au reste (connexion à soi et à l'autre, se laisser porter par la musique, etc.)

J'ai eu l'impression de vivre une expérience au milieu d'une joyeuse bande d'extraterrestres !

Honnêtement, en ce qui concerne, je ne le referai plus, sauf peut-être pour pouvoir décrire à nouveau mon expérience. Mais je ne compte pas m'améliorer dans ce domaine par ce moyen (ni probablement par aucun autre, car je suis bien comme je suis).