Je suis dans une phase de repli en ce moment, un repli intense et excessif comme cela m'arrive peu souvent. J'ai pourtant passé tout l'hiver à me morfondre en me disant que rien ne bougeait, qu'il n'y avait plus d'activités intéressantes sur internet, et qu'il ne me restait plus qu'à passer des heures devant un jeu vidéo, faute de mieux. L'état que j'ai rêvé de quitter durant tout l'hiver, maintenant que ça bouge sur internet et que je suis davantage sollicité, et bien c'est celui que je recherche !

J'ai voulu être le plus pleinement disponible pour tous, et je me retrouve complètement à plat, jusqu'à ne plus arriver à profiter du temps passé avec mes enfants. Je suis tout le temps sur les nerfs et je manque de patience. Je ne rêve que de m'exiler à nouveau sur un jeu vidéo, en continue, jusqu'à ce que ça aille mieux. Le problème, c'est que j'aime rendre service, et en tant que père j'ai des obligations et je suis donc obligé de souvent dire oui, ce qui est normal. Mais on n'est pas obligé de dire oui à tout et tout le temps, et il y a parfois des urgences qui n'en sont pas. Je veux me sentir utile, mais ceux qui savent être vraiment utiles sont ceux qui sont souvent le moins disponibles, car ils usent de leur temps avec parcimonie, pour ne pas saturer. C'est ce que je ne sais pas faire. En fait, le problème fondamental dont je prends conscience, c'est que tout ces échanges, toutes ces interactions sociales que j'ai, finissent par m'user quand même. Ce sont d'innombrables petites intrusions qui, accumulées, finissent par me donner l'impression d'être continuellement agressé . Je connais des gens de grande valeur, là n'est pas le problème, mais toute relation me coûte. Mes relations avec ma famille me coûtent, ma relation avec mes enfants aussi, ma relation avec la femme que j'aime quand je suis en couple, tout cela me pèse, jusqu'à atteindre un point de rupture. Le fait que mes relations soient souvent passionnantes vient contrebalancer l'effet d'usure d'une relation, d'un échange, lui donnant une certaine valeur, pour que j'en profite aussi. Mais fondamentalement, la relation à l'autre m'use toujours un peu, même si paradoxalement, j'en ai aussi besoin, car la vie, fondamentalement, c'est l'échange avec l'autre. C'est juste qu'il y a des gens qui ont assez de valeur à mes yeux pour dissiper presque totalement l'effet négatif de la relation sociale.

Les gens s'excusent parfois de me déranger, mais sur le moment, ça ne me semble pas justifié, car je ne me sens pas dérangé et je suis content de pouvoir communiquer. Quand j'ai un échange avec quelqu'un c'est que j'y prends plaisir aussi et que j'y trouve un intérêt. Ce dont je parle ici est beaucoup plus subtile que ça, plus profond, moins visible, à tel point que je le remarque tout juste alors que cela fait des années que je vis avec. Chaque moment passé avec les autres, de quelque façon que ce soit, m'agresse un peu, même si je ne le remarque pas sur le moment. Même si je suis en contact avec des autistes, ça me coûte toujours un peu. J'ai toujours une certaine réticence à décrocher le téléphone quand on m'appelle, surtout si je n'ai pas été prévenu avant par SMS, et même si ce sont des personnes proches, ou intimes. Ce qu'il me faut, c'est savoir dire non quand c'est possible, dire oui quand je n'ai vraiment pas le choix, et quand le bénéfice pour moi est supérieur à ce que je perds. Ce qui me gêne, c'est que ça me donne l'impression d'être égoïste, alors j'ai du mal à appliquer cette règle. À défaut de mieux, je peux me réserver une ou deux semaines de "vacances" de temps en temps, ou je coupe toute communication après avoir prévenu tout le monde. C'est un peu ce que je tente de faire en ce moment, mais même ça, c'est dur.