Janvier 2019 Il y a quelques temps j'ai commencé à prendre des anti-dépresseurs. Je m'y étais toujours refusé car je me disais qu'on pouvait facilement devenir dépendant et ne tenir que par les médicaments.

Je me suis toujours dit que si quelque chose dans notre vie nous rend malheureux il faut s'en débarrasser. Par exemple quand on a un travail qui nous rend malade il vaut mieux le quitter pour un autre, même si on est moins payé, ou bien se mettre en longue maladie, mais supporter l'insupportable grâce à des médicaments, c'est une société à la "1984" qui n'a rien d'enviable.

Mais le problème c'est de savoir quoi faire quand ce qui est insupportable, c'est le quotidien avec les proches, les enfants, la compagne, les parents et les obligations morales qu'on a envers eux. Je ne dis pas que c'est l'entourage qui est toxique, dans mon cas c'est tout l'inverse, mais plus mon sens inné des responsabilités qui me pousse à être toujours au taquet et un rythme de vie ne m'offre presque pas de repos, ou du moins pas autant que j'en aurais besoin en tant qu'autiste.

Je me suis senti emporté par les flots, sans rien pouvoir contrôler, juste à passer mon temps à faire ce que je devais en tant que père, en tant que conjoint, en tant que responsable associatif.

Les jeux vidéos ont pris de plus en plus de place, monde imaginaire où j'allais me réfugier pour m'éloigner et oublier ma triste réalité, monotone. C'est la réalité d'aujourd'hui. Pour se chauffer, autrefois il fallait aller chercher du bois. C'était contraignant, probablement assez pénible ou dangereux, mais cela offrait un contact avec la nature et le fait de prendre des risques n'était peut-être pas dénué d'intérêt en fin de compte, mais j'y reviendrai dans un autre article. Aujourd'hui pour se chauffer, il faut payer une facture d'EDF à 300 euros, quand on n'en reçoit que 800 chaque mois. Cette vie est devenue insensé et déshumanisée, dénaturalisée et malsaine et le confort nous a peut-être corrompu au point de ne pas facilement pouvoir faire machine arrière, car concrètement, rien ne m'empêche de vivre en autarcie comme le font certains.

Après avoir arrêté d'écrire, après avoir pris mes distances par rapport à mon association et sur les réseaux sociaux, je me suis senti totalement décalé par rapport à la réalité générale. La seule chose qui comptait c'était de prendre soin de ma famille, ce qui est très louable en soi (et personne ne me l'a reproché), mais cela m'a toujours semblé un peu égoïste car il me semble que je dois être utile à la société, pas seulement à ma famille.

Je devenais de plus en plus colérique, nerveux, déprimé, insupportable pour les autres, alors j'ai décidé de prendre des anti-dépresseurs.

Bref, ma fille vit avec moi, j'ai une compagne que je vois chaque jour et je suis partagé entre le plaisir que j'ai de passer du temps avec elles et ce que ça me coûte. Le problème ce n'est pas les autres, c'est ma façon d'aborder les choses.

Les médicaments aujourd'hui me semblent avoir étouffé mes sentiments. Ainsi, plus de colère, plus de rage, plus d'emportement, mais juste un calme plat, qui n'est même pas un sentiment de sérénité, car je n'ai plus vraiment de sentiments et le peu que j'ai encore sont très amoindris. Mes plaisirs aussi sont atténués, du coup je n'ai plus envie de faire grand chose et je tombe dans une certaine léthargie.

J'ai toujours rêvé d'augmenter à fond ce côté "asperger robot" qui est en moi, mais maintenant que je vais les choses de façon raisonnable, sans rien ressentir, je me dis que c'est une vie qui est loin d'être idéale.

Je reviendrais sur cet article prochainement pour suivre l'évolution de mon état sous médicaments.