Témoignage d'asperger

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Relation aux autres

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi 28 mai 2019

"Sonnez et entrez"

La société est comme le cabinet d'un médecin. Si vous sonnez et que vous attendez qu'on vous ouvre, vous n'y entrerez jamais.

Inutile de vous plaindre. Ce n'est pas que personne ne vous aime ou que vous êtes nul, c'est juste que vous devez comprendre qu'il ne faut pas toujours attendre l'accord des autres pour agir.

Je n'ai pas à faire le fier, j'ai compris cela il y a seulement quelques mois.
Dans l'association où je suis actif, je faisais beaucoup de propositions qui restaient sans suite, car j'attendais toujours l'accord des autres membres responsables, qui n'avaient pas forcément toujours le temps de me répondre. Ne voulant pas les déranger, je n'insistais pas davantage et ne présentais qu'une fois ma proposition, qui finissait souvent aux oubliettes, perdue dans le flot du fil de discussion.

Ah, le manque de confiance en soi, l'impression de toujours être moins que les autres ! Que de potentiel perdu !

Je me suis alors renfermé sur moi-même pendant plusieurs mois, me disant que je ne trouvais pas ma place, que j'étais trop loin de tout pour pouvoir agir, que personne ne se souciait de ce que je pouvais faire. Et puis un jour, un membre de notre organisation nous a lâché, subitement. Comme il avait récupéré une partie de mes fonctions, je me suis remis à l’œuvre avec une motivation mue par la colère, colère contre moi-même avant tout, de ne pas avoir suivi tout ce qui s'était passé, d'avoir laissé faire n'importe quoi.
Alors j'ai tout repris en main et depuis je ne me suis plus arrêté, à tel point que faire ce que je considère être utile et juste en prévenant mais sans attendre d'autorisation est devenu une seconde nature qui me sert dans la vie de tous les jours.

Hier chez le vétérinaire pour faire castrer mon chat (qui a un caractère assez sauvage mais que je peux maîtriser), je souhaitais rester près de lui et le tenir pour la piqûre d'anesthésie. La vétérinaire avait sa propre façon d'agir avec une cage de contention. Mais j'ai insisté pour le tenir moi-même et ça s'est effectivement bien passé. J'ai pu ainsi éviter à mon chat une expérience plus difficile qu'il n'était nécessaire.
Pareil quand je l'ai récupéré. Les vétérinaire l'avait mis dans un caisse plus solide que la mienne, car ils avaient peur que trop énervé, il finisse par réussir à ouvrir l'ouverture du haut de sa caisse que j'avais scotché le matin même. J'allais donc devoir partir avec deux caisses, mais je n'avais aucune envie d'être obligé de revenir. Je suis donc allé dans leur bureau (ou l'une des vétérinaire était en train de remplir nos papiers pour l'assurance) et j'ai dit que je voulais le remettre dans sa boîte, car je savais qu'avec moi ça se passerait bien et que je pourrais le calmer. C'est ce que j'ai fait, et je me suis épargné un retour inutile au cabinet.

Notre vie est précieuse et précieux aussi notre temps, comme pour tout le monde.

Voilà le mot d'ordre : "sonnez et entrez". Faites ce que vous avez à faire. Personne ne vous fera entrer dans la société, personne ne vous amènera à prendre votre place. Au mieux vous aurez un peu d'aide, mais comptez avant tout sur vous même et n'hésitez pas à "utiliser" les gens autour de vous, ceux qui ont des compétences que vous n'avez pas. Les autres font ça aussi avec vous, ce n'est pas mauvais, c'est du "gagnant-gagnant". Faites ce que vous voulez (sauf ce qui est clairement interdit), vous verrez bien si on vous arrête !

vendredi 8 février 2019

Liberté d'expression

Dans notre pays, le pays des droits de l'homme, où tout le monde semble "être Charlie", il est curieux de voir à quel point le jugement est devenu de plus en plus la norme. Il faut faire taire celui qui n'est pas dans la droite ligne de la pensée majoritaire. Quand on lit des propos "anti-autiste" ou "anti-parents", ou même pourquoi pas racistes, sexistes, homophobes, on veut censurer, comme l'inquisition au Moyen-Âge. Mais je trouve qu'il est plus utile de profiter de l'occasion pour relever le débat, pour poser les questions qui font réfléchir, pour remettre en question, du moins si l'on a affaire à une idée un minimum élaborée, pas avec ce qui n'est qu'une insulte ou un appel au meurtre. À celui qui dit « les femmes aux fourneaux » il n'y a rien de constructif à répondre bien sûr, sa pensée n'étant pas assez élaborée pour pouvoir y trouver quoi que ce soit d'intéressant. Il faut profiter de chaque occasion de mettre en avant les idées que l'ont croit être les meilleures et bien souvent, ceux qui ont des idées rétrogrades montrent par leurs propos que leur raisonnement ne tient pas debout. Discuter avec eux devant un public c'est comme les laisser creuser un trou dans lequel ils tombent eux-mêmes.

Mais la censure n'a jamais rien de bon et donne l'impression sur nous sommes des fondamentalistes plutôt que des philosophes. Alors, la bien-pensance serait-elle devenue une nouvelle religion ? Le rejet de l'autre, tout le monde s'en croit à l'abri et se défend bien d'être intolérant, mais ce que je vois sur internet me prouve le contraire. Ce sont des individus lambda qui s'opposent, s'affrontent, se condamnent les uns les autres à l'anathème, parce qu'ils ne sont pas capable d'entendre une pensée différente. Quelque part, il semblerait que leurs convictions soient fragiles et que la moindre remise en question risquerait de faire tomber le château de carte qu'est leur conception du monde.

Les parents veulent toujours rassurer leur enfants en les éduquant, en leur disant ce qui est juste. Il est vrai que cette façon de procéder est utile durant les premières années de la vie, mais il me semble que rapidement il faudrait plutôt apprendre à l'enfant à raisonner par lui-même, à trouver dans son propre fond ses valeurs fondamentales, en lui apprenant à se soucier des autres, à voir la conséquence de ses actes, à prendre goût à sa propre amélioration dans la confrontation aux idées des autres. Les gens voient avec une telle facilité ce qui les opposent plutôt que ce qui les unis. Ils n'ont pas le goût de la différence, ils n'ont pas compris que la vie est basée sur la diversité et que leur pensée se consolide sur la contradiction des autres. N'y a-t-il qu'une seule espèce d'insecte ? N'y a-t-il qu'un seul type d'atome ? Trouve-t-on dans l'univers deux planètes qui soient parfaitement semblables ? Même les empreintes de nos deux indexes sont différentes. La diversité c'est la vie. Je me réjouis toujours de voir des gens penser différemment de moi, m'exposer leurs idées, m'expliquer pourquoi ils pensent que j'ai tort sur certain point. J'accepte toujours avec un grand intérêt la critique, parce que j'en fais quelque chose de constructif. Mais c'est un effort qu'on doit faire soit même sans l'attendre des autres.

mercredi 23 janvier 2019

Première expérience de Biodanza

Il y a presque deux ans maintenant, j'ai participer à une soirée Biodanza, organisée par une amie qui m'y avait invité. Ne maîtrisant pas le sujet, je cite ici Wikipedia pour donner une définition de la Biodanza :

« La Biodanza se pratique en groupe lors de séances hebdomadaires conduites par des professeurs nommés facilitateurs et lors de stages d'approfondissement. Une séance hebdomadaire dure environ 1h30, et consiste en une "Vivencia", c'est-à-dire un ensemble cohérent d'exercices préparé à l'avance par le facilitateur. Les exercices se pratiquent individuellement, à deux, en petits groupes, ou le groupe complet. Chaque exercice est effectué sur une musique spécifique, choisie par le facilitateur. Souvent, le premier exercice est une simple ronde : les participants se prennent par la main et se mettent en mouvement sur le thème musical proposé. Plusieurs centaines d'exercices ont été créés par Rolando Toro, le fondateur de la méthode. Excepté un partage en début de séance, celle-ci se déroule sans que les participants échangent verbalement. En début de chaque exercice, le facilitateur donne une consigne, et peut éventuellement en faire une démonstration. Souvent, les exercices comportent une part importante de mouvements d'expression libre. Le regard, ainsi que, parfois, le contact, peuvent être mis à contribution. »

Donc, échange non-verbaux, regards, contacts physiques, activité de groupe, autant dire que c'est totalement suicidaire pour un autiste comme moi ! Le premier contact a été difficile, même si les gens étaient profondément accueillants et bienveillants. Cela aurait été plus facile pour moi de commencer par la fin, par quelque chose de calme, d'intérieur, qui s'ouvre doucement sur l'expression corporelle. Si la plupart des gens semblent avoir du mal à s'intérioriser, les autistes eux, ont du mal à s'extérioriser.

Je suis très sensible à la musique. Elle me permet de comprendre des choses difficiles en les abordant par les émotions suscitées par les sons et le rythme, jusqu'à entrer dans un état de profonde concentration intérieure, une sorte d'état d'auto-hypnose. Cet état ne se maintient que si je suis coupé de mon corps, mais si je bouge, ou si j'ai une tension musculaire trop importante, je me reconnecte à mon corps et je perds cet état de profonde concentration, cette connexion à moi-même. Donc danser en étant en même temps connecté à la musique m'est impossible, à moins d'y travailler pendant des années peut-être (ce qui n'est pas le cas de tous les autistes, j'en connais plusieurs qui savent et aiment danser).

Je me suis senti fortement en décalage avec les autres. Cette rencontre a accentué mes difficultés dans la relation aux autres, en les mettant en lumière, par contraste. C'était davantage visible à mes yeux pour en prendre conscience. J'ai senti les limites de mes capacités sociales et physiques. La frustration de ne pas pouvoir répondre aux invitations chaleureuses des autres est difficile à gérer. J'aimerai répondre à l'intensité d'un regard, d'un sourire, mais je ne sais pas comment et de voir que je n'arrive pas à danser devant l'autre qui danse est très très gênant. Je sens bien que je suis raide. J'écoute la musique mais rien ne vient, c'est comme de vouloir écrire et de se retrouver devant une page blanche, sans inspiration. Le mouvement de la danse est très énigmatique pour moi car ce sont des mouvements complexes mais spontanés. C'est beau à voir, c'est très fluide et ça dégage beaucoup d'énergie, mais c'est impossible de faire de même, ce n'est clairement pas mon mode d'expression. Je m'en doutais, car lorsque je vois des gens danser je suis médusé, je les observe en tentant de comprendre, sans y parvenir.

Le contact physique ne m'a pas trop gêné, car je l'avais prévu plusieurs jours à l'avance, je le voyais venir sur le moment et j'avais le temps de m'y préparer, surtout que c'était un contact bienveillant et doux, respectueux. Donc ça s'est bien passé, alors que d'habitude je n'aime pas qu'on me touche surtout si je suis surpris. La sensation du touché demeure plusieurs seconde après que la personne ait retiré sa main par exemple, ce qui me dérange beaucoup, mais là, ça allait.

Dans les danses où il fallait garder le contact avec une partie du corps de l'autre, en gardant le contact d'index à index par exemple, il était difficile de maintenir ce contact. C'est de la « motricité fine » (comme écrire par exemple), ça me mobilisait tellement de ressources que je n'en avais plus à consacrer au reste (connexion à soi et à l'autre, se laisser porter par la musique, etc.)

J'ai eu l'impression de vivre une expérience au milieu d'une joyeuse bande d'extraterrestres !

Honnêtement, en ce qui concerne, je ne le referai plus, sauf peut-être pour pouvoir décrire à nouveau mon expérience. Mais je ne compte pas m'améliorer dans ce domaine par ce moyen (ni probablement par aucun autre, car je suis bien comme je suis).

vendredi 22 avril 2016

Le vrai problème de la relation

Je suis dans une phase de repli en ce moment, un repli intense et excessif comme cela m'arrive peu souvent. J'ai pourtant passé tout l'hiver à me morfondre en me disant que rien ne bougeait, qu'il n'y avait plus d'activités intéressantes sur internet, et qu'il ne me restait plus qu'à passer des heures devant un jeu vidéo, faute de mieux. L'état que j'ai rêvé de quitter durant tout l'hiver, maintenant que ça bouge sur internet et que je suis davantage sollicité, et bien c'est celui que je recherche !

J'ai voulu être le plus pleinement disponible pour tous, et je me retrouve complètement à plat, jusqu'à ne plus arriver à profiter du temps passé avec mes enfants. Je suis tout le temps sur les nerfs et je manque de patience. Je ne rêve que de m'exiler à nouveau sur un jeu vidéo, en continue, jusqu'à ce que ça aille mieux. Le problème, c'est que j'aime rendre service, et en tant que père j'ai des obligations et je suis donc obligé de souvent dire oui, ce qui est normal. Mais on n'est pas obligé de dire oui à tout et tout le temps, et il y a parfois des urgences qui n'en sont pas. Je veux me sentir utile, mais ceux qui savent être vraiment utiles sont ceux qui sont souvent le moins disponibles, car ils usent de leur temps avec parcimonie, pour ne pas saturer. C'est ce que je ne sais pas faire. En fait, le problème fondamental dont je prends conscience, c'est que tout ces échanges, toutes ces interactions sociales que j'ai, finissent par m'user quand même. Ce sont d'innombrables petites intrusions qui, accumulées, finissent par me donner l'impression d'être continuellement agressé . Je connais des gens de grande valeur, là n'est pas le problème, mais toute relation me coûte. Mes relations avec ma famille me coûtent, ma relation avec mes enfants aussi, ma relation avec la femme que j'aime quand je suis en couple, tout cela me pèse, jusqu'à atteindre un point de rupture. Le fait que mes relations soient souvent passionnantes vient contrebalancer l'effet d'usure d'une relation, d'un échange, lui donnant une certaine valeur, pour que j'en profite aussi. Mais fondamentalement, la relation à l'autre m'use toujours un peu, même si paradoxalement, j'en ai aussi besoin, car la vie, fondamentalement, c'est l'échange avec l'autre. C'est juste qu'il y a des gens qui ont assez de valeur à mes yeux pour dissiper presque totalement l'effet négatif de la relation sociale.

Les gens s'excusent parfois de me déranger, mais sur le moment, ça ne me semble pas justifié, car je ne me sens pas dérangé et je suis content de pouvoir communiquer. Quand j'ai un échange avec quelqu'un c'est que j'y prends plaisir aussi et que j'y trouve un intérêt. Ce dont je parle ici est beaucoup plus subtile que ça, plus profond, moins visible, à tel point que je le remarque tout juste alors que cela fait des années que je vis avec. Chaque moment passé avec les autres, de quelque façon que ce soit, m'agresse un peu, même si je ne le remarque pas sur le moment. Même si je suis en contact avec des autistes, ça me coûte toujours un peu. J'ai toujours une certaine réticence à décrocher le téléphone quand on m'appelle, surtout si je n'ai pas été prévenu avant par SMS, et même si ce sont des personnes proches, ou intimes. Ce qu'il me faut, c'est savoir dire non quand c'est possible, dire oui quand je n'ai vraiment pas le choix, et quand le bénéfice pour moi est supérieur à ce que je perds. Ce qui me gêne, c'est que ça me donne l'impression d'être égoïste, alors j'ai du mal à appliquer cette règle. À défaut de mieux, je peux me réserver une ou deux semaines de "vacances" de temps en temps, ou je coupe toute communication après avoir prévenu tout le monde. C'est un peu ce que je tente de faire en ce moment, mais même ça, c'est dur.

mardi 5 avril 2016

Autiste, mêle toi de tes affaires !

Il y aura toujours des gens qui ne te comprendront pas, c'est normal, c'est parce que leur organisation mentale est différente de la tienne, et c'est pour la même raison que tu ne les comprends pas.
Il y aura toujours des médecins psychiatres qui seront négligents avec leur travail et qui n'auront pas envie de se tenir informés pour rester compétents.
Il y aura toujours des proches qui seront eux-mêmes en quelque sorte autistes envers toi, enfermés dans leur monde plein d'a priori, de connaissances médicales niveau doctissimo, et qui pensent que tout fonctionne à coup de pied au fesses, parce qu'eux même ne sont que du bétail habitué à ne pas s'écouter afin de pouvoir obéir aux ordres d'un autre.

Si donc tu passes... ou plutôt tu perds, tout ton temps à essayer de convaincre ces gens de ce qu'est vraiment l'autisme alors que tout laisse croire qu'ils n'en n'ont rien à faire, alors tu ne t'occupes pas de toi, comme tu as fait toute ta vie en essayant d'être comme eux pour ne pas les perturber.
As-tu vraiment envie, après avoir passé la moitié de ta vie à essayer de leur plaire, de passer l'autre moitié à les convaincre de quelque chose que tu ne pourras pas leur montrer et qui restera théorique, parce que tu n'auras jamais pris le temps de le vivre ?

Je peux comprendre cette démarche quand on vient de comprendre qu'on est autiste, ou quand on vient d'avoir un diagnostic, car le besoin de justice nous amène à vouloir prouver qu'on ne se trompait pas, alors que tout le monde nous accusait de paresse ou d'imposture, mais il ne faut pas trop longtemps s'installer dans cette démarche qui ne mène nulle part.

Être autiste, c'est une façon d'être, ça se vit,

Tu as une vie à te réapproprier, tu as un monde à conquérir, as-tu vraiment besoin de chercher auprès des autres un assentiments qu'ils ne te donneront jamais ? Parce qu'ils attendent que tu fasses tes preuves en t'en emparant !

Vis ta vie et ne te préoccupes pas des autres, c'est le seul moyen de leur prouver que tu as raison.

"Rien de ce qui résulte du progrès humain ne s'obtient avec l'assentiment de tous, et ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres." (Christophe Colomb)