Témoignage d'asperger

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mercredi 23 janvier 2019

Emporté par les flots

Janvier 2019 Il y a quelques temps j'ai commencé à prendre des anti-dépresseurs. Je m'y étais toujours refusé car je me disais qu'on pouvait facilement devenir dépendant et ne tenir que par les médicaments.

Je me suis toujours dit que si quelque chose dans notre vie nous rend malheureux il faut s'en débarrasser. Par exemple quand on a un travail qui nous rend malade il vaut mieux le quitter pour un autre, même si on est moins payé, ou bien se mettre en longue maladie, mais supporter l'insupportable grâce à des médicaments, c'est une société à la "1984" qui n'a rien d'enviable.

Mais le problème c'est de savoir quoi faire quand ce qui est insupportable, c'est le quotidien avec les proches, les enfants, la compagne, les parents et les obligations morales qu'on a envers eux. Je ne dis pas que c'est l'entourage qui est toxique, dans mon cas c'est tout l'inverse, mais plus mon sens inné des responsabilités qui me pousse à être toujours au taquet et un rythme de vie ne m'offre presque pas de repos, ou du moins pas autant que j'en aurais besoin en tant qu'autiste.

Je me suis senti emporté par les flots, sans rien pouvoir contrôler, juste à passer mon temps à faire ce que je devais en tant que père, en tant que conjoint, en tant que responsable associatif.

Les jeux vidéos ont pris de plus en plus de place, monde imaginaire où j'allais me réfugier pour m'éloigner et oublier ma triste réalité, monotone. C'est la réalité d'aujourd'hui. Pour se chauffer, autrefois il fallait aller chercher du bois. C'était contraignant, probablement assez pénible ou dangereux, mais cela offrait un contact avec la nature et le fait de prendre des risques n'était peut-être pas dénué d'intérêt en fin de compte, mais j'y reviendrai dans un autre article. Aujourd'hui pour se chauffer, il faut payer une facture d'EDF à 300 euros, quand on n'en reçoit que 800 chaque mois. Cette vie est devenue insensé et déshumanisée, dénaturalisée et malsaine et le confort nous a peut-être corrompu au point de ne pas facilement pouvoir faire machine arrière, car concrètement, rien ne m'empêche de vivre en autarcie comme le font certains.

Après avoir arrêté d'écrire, après avoir pris mes distances par rapport à mon association et sur les réseaux sociaux, je me suis senti totalement décalé par rapport à la réalité générale. La seule chose qui comptait c'était de prendre soin de ma famille, ce qui est très louable en soi (et personne ne me l'a reproché), mais cela m'a toujours semblé un peu égoïste car il me semble que je dois être utile à la société, pas seulement à ma famille.

Je devenais de plus en plus colérique, nerveux, déprimé, insupportable pour les autres, alors j'ai décidé de prendre des anti-dépresseurs.

Bref, ma fille vit avec moi, j'ai une compagne que je vois chaque jour et je suis partagé entre le plaisir que j'ai de passer du temps avec elles et ce que ça me coûte. Le problème ce n'est pas les autres, c'est ma façon d'aborder les choses.

Les médicaments aujourd'hui me semblent avoir étouffé mes sentiments. Ainsi, plus de colère, plus de rage, plus d'emportement, mais juste un calme plat, qui n'est même pas un sentiment de sérénité, car je n'ai plus vraiment de sentiments et le peu que j'ai encore sont très amoindris. Mes plaisirs aussi sont atténués, du coup je n'ai plus envie de faire grand chose et je tombe dans une certaine léthargie.

J'ai toujours rêvé d'augmenter à fond ce côté "asperger robot" qui est en moi, mais maintenant que je vais les choses de façon raisonnable, sans rien ressentir, je me dis que c'est une vie qui est loin d'être idéale.

Je reviendrais sur cet article prochainement pour suivre l'évolution de mon état sous médicaments.

lundi 21 janvier 2019

Me voilà de retour

L'écriture du livre a été une expérience assez éprouvante et j'ai pour un temps manqué d'inspiration pour continuer à écrire. J'ai ensuite continué à écrire pensant éditer un nouveau livre, mais me retrouver seul face à mon éditeur de texte ne stimulait pas particulièrement mon inspiration. J'ai fini par comprendre que j'avais besoin d'entretenir un lien plus étroit avec mes lecteurs grâce aux échanges directs via les commentaires, ce qui n'est pas le cas avec un livre.

Ce que j'écris, en général, est le fruit de discussions avec des gens qui me posent des questions sur certains sujets. Ma pensée s'emballe alors et j'ai besoin de coucher "sur le papier" tout ce qui me passe par la tête. C'est comme une manière de "penser tout haut" en quelque sorte. Mais depuis que les échanges avec les uns et les autres ont nettement diminués, ma source d'inspiration s'est tarie aussi. Je n'avais pas pris assez conscience à quel point mes lecteurs sont vraiment partie prenante de ce blog.

Les articles précédents montraient mon évolution au fil des années après mon diagnostic en 2011/2012. Les articles à venir seront davantage des réflexions au sujet de l'autisme et de la société. J'ai quelques textes en réserve que je réservais pour un livre que je n'éditerai finalement pas. Je publierai donc ces articles au fur et à mesure des corrections, en vrac, et cela ne constituera pas une évolution psychologique au fil du temps, d'où le fait que je puisse dire que je suis déprimé et autarcique et dans la même journée éditer un texte qui parle de mon expérience avec un groupe de biodanza, expérience qui remonte en fait à presque deux ans maintenant.

Bon ben voilà, après deux ans d'absence, me voici de retour !